Société Nationale de l'Histoire et du Patrimoine de la Gendarmerie - Force publique - SNHPG
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Articles et communications


La bataille de Villodrigo (23 octobre 1812)

A la fin de l'année 1807, plusieurs corps expéditionnaires français franchissent les Pyrénées. Officiellement, ils doivent participer à l'invasion du Portugal. En mars 1808, de nouvelles troupes pénètrent en Espagne, se dirigent vers Madrid et l'occupent. Prenant conscience des intentions cachées des Français, les Espagnols se soulèvent le 2 mai 1808. Le lendemain, la révolte est écrasée dans le sang. La nouvelle de cette répression se répand dans toutes les provinces d'Espagne. L'insurrection gagne. Le 19 juillet 1808, une armée française, commandée par le général Dupont, capitule devant une armée espagnole. Dès lors, les armées françaises refluent et vont prendre position au nord de l'Ebre.

L'arrivée de Napoléon donne un nouveau souffle à la guerre. Les Français reprennent l'offensive et reconquièrent rapidement la quasi totalité de la Péninsule ibérique. Les combats se déplacent alors vers le sud et l'est, laissant les provinces du nord sous la domination pleine et entière des troupes impériales. Cependant, si les armées régulières espagnoles sont éloignées, une nouvelle forme de guerre, à laquelle les Français ne sont pas habitués, se développe. Au confluent de la guerre et du brigandage, les bandes de guérilleros prennent à partie de petits détachements français, interceptant les convois et les courriers, enlevant et tuant les militaires isolés. L'accroissement de l'insécurité sur les routes oblige Napoléon à agir. Le 24 novembre 1809, il décrète la création de vingt escadrons de gendarmerie impériale devant être envoyés en Espagne pour y sécuriser les routes et y rétablir le calme. Ces gendarmes franchissent la Bidassoa au début du mois de mars 1810. Le 13 novembre 1810, un nouveau décret prescrit le regroupement d'une partie des gendarmes d'Espagne à cheval dans une légion appelée " légion de Burgos ".

Le 18 septembre 1812, l'armée française est contrainte d'évacuer Burgos devant l'avancée des troupes anglo-portugaises de Wellington. Elle se réorganise dans les environs de Miranda, recevant notamment des renforts provenant de l'armée du Nord, et repasse à l'offensive, obligeant les Anglais à abandonner Burgos le 22 octobre.

La brigade de cavalerie de l'armée du Nord, qui constitue l'avant-garde française, est composée de la 1ere légion de gendarmerie d'Espagne dite " légion de Burgos ", du 15eme régiment de chasseurs à cheval et d'un escadron de lanciers de Berg ; elle est placée sous le commandement par intérim du colonel de gendarmerie Béteille.

Le 23 octobre 1812, à environ de quatre kilomètres de Villodrigo, les Français rencontrent l'imposante cavalerie anglaise du général Anson, soutenue par cinq pièces de canon. Les lanciers de Berg et le 15eme de chasseurs sont alors pris à partie par les Anglais et hachés par l'artillerie.

Aussi Béteille ordonne-t-il une charge. Les gendarmes parviennent au corps à corps, enfoncent la ligne ennemie formée par les dragons rouges anglais, leur tuent 250 hommes et font 85 prisonniers.

De nombreux mémoires mentionnent la célèbre charge de la légion de Burgos et la grande impression laissée par les gendarmes. Tous saluent leur bravoure et leur impétuosité, souvent symbolisées par les douze coups de sabres reçus par le colonel Béteille - l'un d'entre eux ayant même découvert une partie de son cerveau.

L'une des relations les plus fidèles est sans aucun doute celle que le capitaine Parquin en fait dans ses mémoires :

" A l'affaire de Burgos, il y eut un fait d'armes de cavalerie qui honore à jamais un régiment provisoire de gendarmerie. Ces troupes exécutèrent avec une énergie incroyable des charges à fond et successives sur la cavalerie anglaise, qui fut mise en déroute complète. Les Anglais prirent cette troupe d'élite pour des gentilshommes : le chapeau bordé en argent, et la grande tenue magnifique dont ces gendarmes étaient revêtus, en faisaient sans contredit la plus belle troupe de l'armée, comme elle en fut l'orgueil en cette occasion. Par leurs charges brillantes, ils avaient jeté la terreur chez les Anglais. Parfaitement montés, et armés de leurs grands sabres si dangereux par la pointe, ils avaient fait un carnage affreux dans la cavalerie ennemie.
L'empereur, à son retour de Russie, récompensa, contre son habitude, d'une manière éclatante, ce régiment qui ne faisait pas la guerre sous ses yeux. Son colonel M. [Béteille] qui avait été ramassé sur-le-champ de bataille couvert de blessures, fut fait général. Ce régiment fut traité comme l'était la garde impériale, où l'on sautait deux grades lorsqu'on passait dans la ligne, et les décorations ne lui furent épargnées. En un mot, ce corps de gendarmerie qui avait fait payer si cher sa connaissance à l'armée anglaise, fut décimé par l'empereur en honneurs et en récompenses. "

Le 26 décembre 1812, la légion de Burgos est rappelée en France. A cette occasion, le général Caffarelli, commandant en chef l'armée du Nord, adresse en ces termes ses adieux à la légion : " Ainsi, sur tous les points de [l'arrondissement de l'armée du Nord], la légion laissera des regrets ; mais elle laissera aussi le souvenir de sa bravoure, de sa discipline et du bon esprit dont elle est animée, et s'il est nécessaire d'exciter l'émulation des autres corps, on pourra citer la conduite de la légion de gendarmerie (…) et j'espère qu'elle portera partout son bon esprit, son courage et son dévouement. "

Napoléon la passe en revue le 25 février 1813 et accorde la Légion d'honneur à tous les officiers présents à Villodrigo, une dotation de cinq cents francs de rente aux lieutenants et sous-lieutenants, une autre de mille francs aux capitaines, et une autre dont le montant doit être déterminé ultérieurement aux officiers supérieurs. L'Empereur nomme par ailleurs tous les officiers au grade immédiatement supérieur. Les maréchaux des logis passent lieutenants et les brigadiers - ainsi que beaucoup de gendarmes - sous-lieutenants.

Villodrigo est l'une des batailles inscrites sur le drapeau de la Gendarmerie nationale.

Aspirant Lepetit Gildas

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